Trois questions à Mickaël Stora

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Mickaël Stora est psychologue, psychanalyste, co-fondateur de l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines (OMNSH).

Les jeux vidéo ont-ils des effets négatifs sur la psychologie de l’enfant ?

Il est vrai que de nombreux  parents s’inquiètent de l’impact des jeux vidéo sur leurs enfants. Ils ont ainsi peur que se crée une véritable confusion entre réel et virtuel, que le jeu provoque chez l’enfant le besoin de commettre des actes agressifs ou encore que cela ne « tue » l’imaginaire du jeune joueur.

À l’adolescence, phase particulièrement importante du développement psychoaffectif de l’enfant, on constate cependant que la parole et le regard des parents restent la première des références.  L’idée d’une confusion réel/virtuel doit ainsi être écartée, d’autant qu’aucune étude sérieuse ne vient aujourd’hui démontrer ce risque précis. L’enfant  ne voit le jeu que comme un « lieu ».

Il est vrai que, par essence, le jeu vidéo est un espace d’émergence des pulsions agressives. Mais cela doit sans doute être vu comme un moyen pour l’enfant de supporter les frustrations et les tensions accumulées dans la journée. Lorsqu’un parent jette un regard distrait sur l’écran, il peut ainsi s’émouvoir d’assister à ce qu’il qualifiera de violence et de transgression. Mais en jouant réellement avec son enfant, il est plus probable qu’il intègre également ce que le jeu peut apporter à l’enfant.

the winner takes all

Les « pulsions aggressives » doivent être perçues comme un moyen de supporter les tensions accumulées par l’enfant.

Cette difficulté à comprendre l’intérêt de l’enfant pour le jeu trouve sa source dans une combinaison de divers éléments :

  • Tout d’abord, en vertu de ce que l’on pourrait qualifier de « gap générationnel » le processus d’identification est beaucoup plus difficile à établir pour certains parents.
  • Les parents eux, ont un rapport « sacré » à l’image, à travers la télévision notamment qui ne leur permet d’être que de simples récepteurs. Il y a quelque chose de dérangeant à voir ainsi leurs enfants « manipuler » à loisir cette image dans le cadre du jeu.
  • Les parents oublient facilement leurs propres jeux d’enfants qui comportaient, eux aussi, cette dose de violence (les cowboys et les indiens se tirent dessus avec tout autant d’acharnement que dans la plupart des jeux vidéo).

La vision négative que peuvent avoir certains parents du jeu vidéo doit donc sans doute être pondérée. Le jeu n’agissant le plus souvent qu’en révélateur d’une réalité préexistante.

Quelles capacités sont stimulées ?

Durant plus de 15 ans, Patricia Marks Greenfield, professeur de psychologie à l’université de Californie – Los Angeles, a travaillé sur les effets du jeu vidéo sur le cerveau du joueur. Parmi ses découvertes, il est intéressant de noter que :

  • Le fait de jouer à un jeu vidéo améliore la capacité à se représenter l’espace tridimensionnel.
  • Cela a également un apport conséquent sur l’amélioration de l’intelligence déductive. Les processus permettant, à partir d’une observation, de formuler des hypothèses et de définir des stratégies adéquates sont ainsi renforcés.
  • Enfin, le jeu vidéo est perçu comme un moyen de développer chez le joueur une capacité de gestion de tâches multiples et simultanées.

De manière plus générale, le jeu rompt avec les mécanismes de pédagogie classique (dite hypothético-déductive) en permettant d’expérimenter et d’apprendre justement en faisant des erreurs.

On constate également que de par la répétition des épreuves et des tableaux, le jeu exige une certaine persévérance et force le joueur à une contrainte nécessaire s’il veut obtenir une victoire et la valorisation qui l’accompagne.

Cette valorisation est particulièrement recherchée chez les enfants en situation d’échec scolaire. Le jeu leur permet de se rassurer en leur permettant de se battre contre ces « incompétences supposées » et d’obtenir des réussites qui leur font défaut dans la vie quotidienne.

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Processus de personnalisation d’un avatar (ici dans Sims 2)
 

Enfin, les adolescents sont assez friands des jeux leur permettant d’incarner un autre personnage et de développer un avatar. Cet alter égo est un moyen de jouer avec son identité, d’être un autre afin d’affronter plus sereinement certaines situations et d’accumuler ainsi une confiance qui peut faire défaut à cette période du développement.

Y a-t-il un lien entre le jeu et l’éducation parentale ?

Le jeu vidéo est très clairement un nouvel enjeu d’autorité parentale. La question qui se pose ici est celle de la capacité des parents à émettre et faire respecter des limites.

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Il est fondamental de poser des limites, définies si possible avec l’enfant.
 

Dans cette optique, il est primordial qu’existe au sein de la famille un véritable dialogue sur ce qu’est le jeu vidéo, ses usages, ses codes…
L’enfant acceptera d’autant mieux les limites qui lui sont posées s’il a le sentiment qu’elles émanent de parents qui savent de quoi ils parlent et qui connaissent les jeux auxquels il joue.
En valorisant les victoires de l’enfant, la parole des parents gagne le poids qui lui sera nécessaire au moment de faire respecter des limites.
Mais surtout, il convient d’insister sur le risque d’une « interdiction » de  jouer. Non seulement cela s’avère néfaste, mais c’est véritablement une porte vers le futur de l’enfant qui se retrouve fermée.

Décembre 2008